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Nos lecteurs attendent que nous leur rendions le monde compréhensible

Publié le par DMT

Pèlerin, l’hebdomadaire chrétien français le plus lu ( 1 250 000 lecteurs), vient de changer de formule. Objectif augmenter ses ventes tout en réaffirmant son identité de magazine "d'actualité, catholique et familial". Interview express de son Directeur de la rédaction, René POUJOL.

 

Une nouvelle formule c’est toujours un pari pour un journal. Quel est celui que vous faites pour Pèlerin ?
RP : Il s’agit pour nous d’imposer ce magazine comme le porte parole légitime d’une sensibilité au sein de la société française : celle d’un christianisme ouvert à la modernité, au dialogue et au débat de société et, ce faisant, gommer l’image un peu « passéiste » et traditionnelle de notre hebdo.

 

Vous avez été l’un des premiers à sortir un numéro spécial « Abbé Pierre ». Son décès est-il une  « bénédiction » pour vos ventes ?
C’est encore pire que vous le dites : nous avons sorti, dès le 23 janvier, c’est-à-dire le lendemain de sa mort, le numéro de la semaine contenant 30 pages sur l’Abbé Pierre et dès le lendemain un Hors Série de 100 pages. Nous avons récidivé en deuxième semaine en mettant en vente dès le lundi 29, (au lieu du jeudi 1e octobre) le numéro des funérailles avec 20 nouvelles pages. A chacun son expertise ! Comme directeur de la rédaction, connaissant personnellement l’Abbé Pierre depuis plus de 25 ans, j’ai la prétention d’affirmer que nous avons sans doute publié là parmi les meilleurs papiers consacrés à l’événement. L’idée que ce professionnalisme nous rapporte aussi de l’argent ne me gène nullement. D’autres s’en font plus avec moins de scrupules !

 

La nouvelle formule de Pèlerin a entraîné la suppression de votre carnet de bord intitulé « ma semaine ». Cette rubrique était très appréciée des lecteurs. Le choix fut-il cornélien ?
RP : Vous savez, nul n’est indispensable, à commencer par une chronique du directeur de la rédaction. Cette rubrique figurait, en effet, parmi les plus lues du magazine. Certains lecteurs disaient commencer par là ! J’observe que je ne croule pas sous les lettres de protestation. J’en conclue que ce que nous leur offrons, en échange, dans cette formulé renouvelée leur semble au moins aussi intéressant… ce qui était, somme toute, le but de l’opération.

 

L’une des précédentes signatures de votre magazine était une véritable profession de foi du journalisme « Pèlerin magazine, tout ce qui vous touche ». Comment réussissez-vous à toucher chaque semaine chacun de vos 1 250 000 lecteurs ?
RP : Plutôt que de vous répondre sur ce qui fut, en effet, notre « signature » après bien d’autres je préfère m’arrêter un instant sur la nouvelle base line : « L’hebdo du quotidien ». Au-delà du jeu de mot, il faut y lire le projet d’une rédaction de rejoindre ses lecteurs non pas dans leur vie quotidienne, mais dans tout ce qui, dans l’actualité, a des conséquences directes ou indirectes sur leur quotidien. Nos lecteurs attendent de nous que nous leur rendions le monde compréhensible. C’est à dire aussi bien la mondialisation et ses conséquences sur l’emploi, que les OGM et leur impact sur l’alimentation, l’évolution de la société française et son influence sur la législation ou les structures familiales… Il ne vous échappera pas que de l’une à l’autre, ces deux signatures disent en gros la même chose sauf que la première est de nature plus affective, l’autre plus rationnelle. Peut-être est-ce là le « passage » de l’une à l’autre formule, sans renoncer en rien à la proximité que nous avons avec nos lecteurs.

 

Justement, vos lecteurs ont été largement associés à la définition de votre nouvelle formule. Et vos journalistes ?
RP : Y a-t-il là une double question ou une affirmation et une interrogation ? En ce qui concerne nos lecteurs ils ont été associés indirectement puis directement à notre réflexion. Nous les connaissons bien. De plus nombre d’enquêtes et d’études nous ont servi, en amont, à mieux préciser notre projet. Dans une phase finale, en fait à trois mois de l’échéance de la nouvelle formule, nous avons lancé dans le magazine un questionnaire auquel ont répondu 2 500 lecteurs, ce qui est considérable. Cette enquête nous a permis de vérifier que nos intuitions étaient les bonnes. Il n’y a qu’un seul domaine où la requête de nos lecteurs allait en fait plus loin que ce que nous imaginions : leur souhait de voir notre magazine faire une plus large place aux jeunes. Leur plus profond désir est en effet de voir leurs enfants adhérer aux valeurs qui sont les leurs et qu’ils retrouvent exprimées dans notre magazine.
Pour ce qui est des journalistes, nous avons fait le choix, dès le départ, de les associer très étroitement à ce travail de « re fondation ». C’est pourquoi le processus s’est étalé sur 20 mois. Dès l’automne 2005 l’ensemble des journalistes s’est investi dans huit ateliers volontairement transversaux : le « récit » dans Pèlerin, le débat, masculin/féminin, le visuel dans le magazine, famille et épanouissement personnel, du loisirs à la culture et de la culture aux loisirs… Le résultat de ce travail a été d’un apport très riche pour la suite du processus. Dès février 2006 c’est également une petite équipe de huit journalistes (rédacteurs, maquettistes, Secrétaires de rédaction, directeur artistique) qui s’est mis au vert pour réaliser un numéro zéro… On peut donc affirmer que tout au long de notre réflexion l’équipe a été partie prenante. C’était d’autant plus nécessaire que la mise en place de cette nouvelle formule nous a conduits à réorganiser la rédaction. Sur 50 personnes, 20 ont changé d’affectation. Aujourd’hui nous pouvons nous appuyer sur un vrai consensus et une vraie mobilisation.

 

Internet révolutionne l’économie de la presse. Et les pratiques des rédactions de suivre. La prochaine formule de Pèlerin sera-t-elle encore papier ou numérique ?
Je crois que l’erreur serait d’imaginer que le numérique va faire disparaître le papier ou qu’à l’inverse le papier va survivre, sans autre ajustement, au numérique. Des besoins nouveaux se font jour, notamment parmi un public jeune, qui peuvent trouver leur traduction immédiate et satisfaisante à travers le numérique. Lorsqu’on pilote un beau navire de 134 ans, ce qui est mon cas, avec des passagers fidèles il est illusoire de s’imaginer qu’ils vont débarquer du jour au lendemain pour monter à bord d’un engin spatial. Depuis trois ans nous créons des liens chaque jour plus renforcés entre notre hebdomadaire et son site, enrichi de compléments rédactionnels, d’images vidéo et d’espaces de dialogue nombreux. Nous continuerons. Ce que nous avons fait, ces dernières semaines, autour de la disparition de l’Abbé Pierre, en partenariat avec RTL notamment, montre bien la réactivité de notre public à de telles initiatives. Sans doute ne serai-je pas là pour mettre en place la prochaine « nouvelle formule » du magazine. J’imagine qu’elle ira plus loin encore dans la complémentarité que j’évoque. Un seul exemple : Pèlerin continue de proposer à ses lecteurs, sur une double page les programmes quotidiens des grandes chaînes de télévision. Parce qu’aujourd’hui encore un tiers de nos lecteurs n’ont pas d’autre programme… On peut imaginer, à une échéance qu’il m’est impossible de déterminer, que nous ne proposions plus, dans le magazine papier, que des sélections et des préconisations et que nous renvoyions, pour la « ligne programme » à notre site internet, ce que nous faisons d’ailleurs déjà et qui marche très bien. Pour le reste, l’essentiel est que la communication de Pèlerin, dans son originalité, soit préservée. C’est cela le souhait de l’éditeur Bayard. Que demain elle passe par tel support de communication plutôt que tel autre est, au fond, sans importance. Sauf qu’il faut se préparer à toutes les mutations, pour ne pas rater le coche !

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